ZARPA STORY (3) - Objectif Kampala

Publié le par Frank Simon

 ZARPA STORY (3) - Objectif Kampala

Voici le 3e épisode et dernier épisode dédié à la mémoire de mon ami Raymond Zarpanélian, ancien sélectionneur de la Sierra Leone et coach de l’ASFB du Burkina Faso. Ce récit nous entraîne, lui et moi, aux confins de l’Afrique de l’Est, pour une inoubliable CECAFA Cup.

Novembre 2000. Année difficile pour Big Z et moi, qui n’avons pas encore voyagé une seule fois sur le Beau Continent. Aucune mission à se mettre sous la dents pour lui. Quant à moi, je mange mon pain noir depuis 1999 et mon « transfert » du football international à la D2 française. Grosse déprime… Notre seule bouffée d’air africain est venue de la « couverture » de la CAN en janvier, qui a coïncidé avec la naissance de ma fille. Comme France Football a dépêché un autre reporter, je suis privé de tournoi. Bouée de sauvetage, Canal + Afrique (Canal Horizons) m’invite en studio en tant que consultant. Merci Nordine Mohamedi, qui m’honora de sa confiance un mois durant !
Dans cette aventure, je ne suis pas seul : Zarpa, qui a toujours été très à l’aise avec les médias, m’accompagne en studio. Il ne lui faudra que quelques minutes pour être adopté par l’équipe, sa bonne humeur, sa gentillesse et sa connaissance du foot africain ayant très vite plu à chacun !
L’année 2000 s’écoule ensuite tristement. Et puis, je sympathise sur le net avec un collègue ougandais, Simon Peter Ekarot. Avec lui, naît l’idée de venir couvrir la CECAFA Cup, c’est à dire la CAN d’Afrique de l’Est, qui se déroule cette année-là en Ouganda, à Kampala et à Mbale. Zarpa, qui ne connaît pas la sous-région, accepte, curieux de découvrir le football d’un coin totalement méconnu des clubs, techniciens et recruteurs français ! Un jour de novembre, nous partons pour Bruxelles, au petit matin, afin d’obtenir le visa ougandais. Arrivé à 9 h du matin, nous remettons nos dossiers à l’ambassade, avant d’aller faire un tour à Matonge, le quartier africain de la capitale belge, fidèle alors à sa réputation. En début d’après midi, nous récupérons nos passeports munis du précieux sésame. L’aventure peut commencer, nous nous mettons également en quête d’un petit hôtel qui ne « ruinera » pas notre budget pour les presque 3 semaines sur place. Et puis, enfin, le voyage. Direction Entebbe airport, où l’on arrive en soirée. Un taxi nous escorte ensuite au Fang Fang Hotel qui, comme son nom l’indique, est dirigé par des Chinois. Dès notre arrivée, plane la menace du virus Ebola. Chaque jour, il progresse un peu plus vers Kampala. Il ne s’arrêtera qu’à 114 kilomètres… très vite, nous récupérons, je ne sais plus comment, des badges d’accréditation fort précieux, puisqu’ils nous permettront d’aller partout ! Nous assistons chaque jour à tous les matches et Zarpa se délecte de ces équipes qu’il n’avait jamais vu jouer : Ouganda, Ethiopie, Djibouti, etc. Un jour que nous sommes à l’hôtel du Burundi, cette équipe apprend qu’en l’absence du paiement de ses nuits d’hôtel, les chambres sont inaccessibles ! Les Burundais perdent une journée à régler le problème, et leur match contre la Somalie est reprogrammé le lendemain matin à…10 heures ! Je me souviens de ce jour-là, où nous partîmes très tôt pour ce match international, le premier que j’ai eu à couvrir si tôt ! Le grand amusement de Zarpa était d’emprunter les « boda boda » ou moto-taxis. Peu onéreux, rapides, il nous permirent plusieurs fois de quitter le quartier de la gare routière, près duquel se trouve le stade Nakivubo de Kampala. Nous passions chaque jour devant les conducteurs de ses machines, eux-mêmes en grande conversation avec quelques loulous du coin. Big Z adorait cette ambiance : ils le saluaient chaque jour, et lui leur répondait dans son « Anglais tarzan », ainsi qu’il définissait cette langue mi english, mi argot parisien. Un après-midi, au sortir du stade, nous avons rencontré un joueur sierra leonais que Zarpa avait connu sept ans plus tôt à Freetown, avant de faire sa sélection. Le gars avait fui son pays en raison de la guerre, et avait signé dans un club kenyan, puis dans un club ougandais. Les retrouvailles avec « Zapiko », le surnom donné par les Sierra Leonais au coach, furent chaleureuses et émouvantes.
Zarpa, qui s’était mis aux mets locaux, me fit la surprise un jour de manger un plat avec une sauce croquante… aux sauterelles ! Il adorait les piments africains et n’hésitait pas à goûter à tout ! Il sympathisa aussi avec Asrat Haïle, le sélectionneur de l’Ethiopie. Fasciné par l’alphabet amharique des Ethiopiens qui ressemblait à celui d’Arménie, il apprit qu’une forte communauté arménienne s’était installée à Addis Abeba. Les « Walyas » éthiopiens étaient ses favoris, et il m’emmena les voir s’entraîner un jour sur un terrain vague en bordure de route, puisque aucun terrain ne leur avait été réservé. C’était une belle équipe, et Big Z me répéta souvent qu’il les imaginait bien à la CAN. Effectivement, ils revinrent… en 2013, mais Zarpa ne les revit jamais jouer. Je l’entraînais aussi jusqu’à Mbale, une ville située à la frontière avec le Kenya, pour voir justement jouer le Rwanda face au Kenya, mon pays de cœur. Il apprécia beaucoup ce périple au fin fond de l’Ouganda, où nous croisâmes pas mal d’animaux sauvages, singes et autres. L’Afrique vraie.
Après notre retour sur Paris, j’ai souvent cru qu’il repartirait dans cette région. Mais l’Afrique francophone lui convenait mieux. Entre temps, il vécut une incroyable mission en Arabie saoudite (!) dans un club de Médine, Al Ansar. Il créa aussi son site (Zarpafoot) en 2006. Il prépara de nombreuses missions sur le continent, qui n’aboutirent pas, pour diverses raisons. Il aida des joueurs en situation d’échec, échangea avec des Africains de partout, coacha des équipes « all stars ». Structura les coaches du district du 93. Il m’accompagnait parfois sur des matches de sélections africaines en France, comme au Mans, un jour que le Congo Brazzaville défiait la Corée du Nord ! Et puis, à partir de 2009, il travailla sur ce qui devait être son dernier projet : la Centrafrique. Contacté par des membres de la diaspora, il monta lentement mais sûrement un plan de relance. Il m’en avertit au printemps 2010, alors que je m’apprêtais à vivre cinq semaines en Afrique du Sud pour la Coupe du monde. Finalement, les autorités optèrent pour Jules Accorsi, de quatorze ans son cadet.
Quelques mois plus tard, Big Z découvrit qu’il souffrait d’un cancer, qui devait l’emporter un funeste 29 mars 2011. Jusqu’à son dernier souffle, il aima passionnément le continent et ses gens. Il ne se voyait pas finir ailleurs que sous son fameux « baobab » comme il aimait à le répéter. Il regretta aussi de ne pas avoir eu le feu sacré pour le football africain plus tôt, quand il avait une quarantaine d’années. Il ne comprit jamais ou plutôt, n’admit jamais pourquoi ceux de sa confrérie, qui travaillaient en Afrique, ne le respectaient pas à sa juste valeur. Celle d’un homme respectueux, fidèle en amitié, travailleur.
Mais il chérissait ceux qui voyaient en lui un passionné et un petit artisan, travaillant à l’ancienne, avec un savoir-faire que lui enviaient bien des jeunes techniciens ! Que leurs noms soient aussi mentionnés : Patrice Neveu, l’actuel sélectionneur de la Mauritanie, que je lui avais fait rencontrer, mais aussi le jeune Fred Anikine (ex Ndiambour de Louga et Hilal Omdurman, entre autres), sans oublier Zebib Bassam, son petit frère libanais. Et puis, Jean-Claude Lafargue, son plus fidèle ami, qui fut là jusqu’à la fin. Ceux-là ne l’ont jamais trahi. Mieux, ils étaient les garants d’une philosophie, des valeurs humanistes de Zarpa. « Moi, l’illustre inconnu », s’amusait-il à chaque fois.

Il est temps aujourd’hui d’honorer régulièrement sa mémoire. Et c’est ce à quoi nous allons nous employer, avec la création du Trophée Raymond-Zarpa. Nous y reviendrons !

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Z
merci franck de rendre hommage a mon pere de raconter des tranches de vies bravo ton blog est riche en vocabulaire et en evenements longue vie.
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