ZARPA STORY (1)

Publié le par Frank Simon

ZARPA STORY (1)

Voici le premier épisode d’une série que j’ai décidé de consacrer à un personnage formidable, Raymond Zarpanélian, alias Zarpa, ou encore « Omar Sharif » comme certains le surnommaient pour sa ressemblance avec l’acteur égyptien. (Image : Zarpa avec Mounir Laouar, gardien du CS Constantine, au tournoi des Black Stars, et moi)

Le 29 mars 2011, disparaissait Raymond Zarpanélian à l’âge de 78 ans. Depuis 1993, ce technicien français qui fut – notamment – directeur sportif du Stade Français en D2, consacrait toute son énergie au football africain. Sa grande passion, pour laquelle il avait même lancé un site internet, Zarpafoot, en 2006. Il était notre ami, notre mentor, comme un père. En cette fin d’année 2013, j’ai eu envie de vous parler de ce Grand Monsieur.

Commençons par des aveux. Raymond, je ne l’ai jamais tutoyé. Ensuite, je l’ai très vite baptisé « Big Z ». Big pour son grand cœur, sa générosité et son altruisme. Ca l’amusait beaucoup et quand il me téléphonait, j’entendais résonner dans le combiné : « Allo franky, c’est Big Z », de cette voix à l’ancienne qui le caractérisait. Car Raymond, ce n’était pas seulement une carrure ou un physique d’ancien athlète (footballeur, catcheur), c’était aussi une voix aux intonations qui rappelaient immanquablement Jean Gabin. Normal pour un presque titi parisien. La première fois qu’on s’est parlés, c’était à l’automne 1993. Il venait d’être nommé sélectionneur de l’équipe nationale de Sierra Leone et revenait de Freetown, la capitale d’un pays alors en guerre. Premier Français –« d’origine arménouche », il y tenait – entraîneur d’un pays anglophone ! Dès le départ, j’ai apprécié l’homme. Il préparait son stage d’avant CAN (1994) du côté de Mandelieu, près de Cannes.

Je me souviens de notre première rencontre, en janvier 94. Arrivé en fin de soirée à Mandelieu, j’avais fini par trouver, après tâtonnements, le centre de vacances qui hébergeait les « Leone Stars ». Un des joueurs, le francophone Leslie Allen, me conduit à coach « Zapiko », comme ils l’avaient déjà surnommé. Et là, j’ai eu droit à un grand numéro. « Entres, gamin. Bon, tu dors où ce soir ? Là, c’est ma piaule ; ça c’est mon padock. Si tu veux, tu peux prendre la carrée qui est au dessus. Pigé ? » Je me serais cru dans un film d’Audiard. En quelques minutes, Big Z m’avait affranchi : j’étais là pour faire un petit sujet pour France Football – où je n’étais encore que pigiste – et il avait compris que j’étais arrivé sans prendre soin de réserver une chambre. Du coup, il me proposait l’un des deux lits de son bungalow. Etonné, flatté – un peu – et heureux de ne pas avoir à repartir dans la nuit froide pour tenter de dégotter un gîte, j’acceptais sa proposition. Sur le bureau de sa chambre, encombrée de matériel, des livres, des schémas (« mes crobards », ses séances d’entraînement), des compositions d’équipe. Il avait le grand bonheur de travailler à Mandelieu avec son très grand ami, Jean-Claude Lafargue, qui s’était libéré quelques jours pour la circonstance pour lui filer un coup de main. Après une discussion portant sur le stage, je m’étais couché, fourbu. Zarpa, lui, continua de me parler très tard dans la nuit. Sur ce qu’il avait déjà accompli et ce qu’il comptait faire. Il était intarissable, passionné. Durant les quelques jours que je restais, je ne le lâchais plus. Entraînements, repas, etc. Je découvris comment il fonctionnait. Un vrai spectacle à lui seul. Son adjoint local, Sam Obi Metzger, passait son temps à recopier ses séances, au lieu de l’aider et d’apprendre. Et l’Egyptien Abdelghali, qui était resté en poste après la nomination de Zarpa, passait le plus clair de son temps à dormir dans sa chambre. Il se faisait même « livrer » ses repas par les joueurs, évitant de se mélanger avec Zarpa, Obi et le groupe. Terrible. Presque tous les gars présents avaient été amenés de Freetown – plus quelques expatriés venus d’Abidjan, du Gabon et même du Guyana ! -, et il y avait des garçons de qualité, dont le petit « Tieh Matthews », dont Zarpa avait fait l’un de ses piliers. Du moins, le croyait-il. A la CAN, en Tunisie, Zarpa allait affronter Ivoiriens et Zambiens. Respectivement champions d’Afrique et quart finalistes 1992. « Même pas peur », aurait pu être son slogan. Il croyait dur comme fer que son groupe, pour sa première participation à une CAN, créerait l’exploit. Lui l’avait déjà créé en allant signer son contrat à Freetown. « Ouais, moi, l’illustre inconnu » rigolait-il, « moi qui ne fais pas partie de l’école des ingénieurs du foot ». Quel pied de nez !

Je le revois encore au moment de l’hymne national, la main sur le cœur, et sa casquette Zarpa. Mais il était dit que cette CAN serait courte. Après le 4-0 infligé par les Ivoiriens à Sousse, la messe était dite. Les autorités militaires, qui avaient l’art de s’immiscer dans la composition du groupe, l’avait empêché d’aligner son équipe. Le 0-0 contre la Zambie, future finaliste, ne changea rien à l’affaire. Trahi par ses dirigeants, Zarpa, fataliste, leur répéta : « Quand on arrive à Paris, place Clichy, my mission is finished. Terminée. » Des dirigeants qui n’avaient pas prévu grand chose, et qui le contraignirent à récupérer puis à faire floquer à Paris les équipements officiels pour la CAN alors que la compétition allait débuter… Un amateurisme qui, naturellement, lui déplut. Ecoeuré, il n’en demeura pas moins marqué par cette première expérience sur le continent. Je l’avais croisé, très vite, sur place, puisque j’étais basé à Tunis. Mais durant cette CAN, ma première en tant que reporter, j’eus la chance d’assister à TOUTES les rencontres, et je retrouvais après un match pour une discussion en tribune. Je savais Zarpa meurtri mais il n’en disait rien. Quelques semaines plus tard, on se croisa à Paris. Pour moi, c’était clair, Zarpa allait repartir. Très vite, pensais-je. Pour lui, le continent était sans limite, et il fourmillait déjà d’idées et de projets. Un changement s’était produit en lui, comme un déclic : les quelques mois passés avec la Sierra Leone avaient transformé Big Z en un Amoureux inconditionnel du continent. Sa fidélité à l’Afrique ne le quitta jamais, jusqu’à son dernier souffle… (Fin du 1er épisode)

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L
Zarpa mon ami est enfin reconnu a sa juste valeur...il le meritait tellement.
le petit amateur comme il se plaisait a dire est aujourd'hui reconnu par des pros. bel hommage pour raymond
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Z
Merci beaucoup Franck pour ce que vous faites pour notre grand ami Zarpa qui nous manques énormément. Je veux simplement dire que le mot football a été inventé pour des hommes comme Zarpa qui a consacré sa vie et son amour pour le football et pour les autres. Il était toujours disponible, c’était vraiment le monsieur Football que nous aimons tous. Merci à Zarpa aujourd’hui pour qui nous sommes réuni en pensant à lui très fort et il sait de là ou il est que nous ne l'oublierons jamais car il est inoubliable et est dans nos cœurs pour toujours. Paix à son âme.
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Z
Merci de publié ses episodes quelque part de les revivre et de les faire partager a ceux qui l' on connu ou cotoyé.
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Z
Merci de faire revivre ses moments d emotions que tu as vecu avec lui, dans cette lecture on est impregné totalement tu as la plume d un ecrivain.Grand passionné franck.
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N
Merci pour Zarpa Franck aussi de remettre à l'ordre du jour (de nos temps il y en a besoin ) les vrais valeurs que l'ami Zarpa portaient .....lui ne faisait pas que parler il était dans l'action !
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