Hommage : le jour où j'ai croisé Madiba

Publié le par Frank Simon

Hommage : le jour où j'ai croisé Madiba

Le Grand Homme s'est éteint, tout à l'heure, doucement. Il avait 95 ans et c'était mon héros. Avec lui, une multitude souvenirs s'envolent : les années 1980 et l'éveil à la politique, les manifs contre l'apartheid en France et ailleurs, le concert pour Nelson Mandela bien sûr... Des chansons en pagaille pour lui. "Free Nelson Mandela", du Special AKA. Plus tard, après l'abolition de l'apartheid, je décidai de partir vivre quelques mois en Afrique du Sud, fin 1992, pour y connaître une première grande expérience professionnelle et humaine.

Je me souviens comme si c'était hier de la CAN 1996 organisée sur le sol sud-africain, quelques mois seulement après la victoire des Springboks en finale de la Coupe du monde de rugby. Et de la joie que la victoire des Bafana Bafana avait provoquée dans tout le pays, en particulier pour le premier président sud-africain de l'Afsud réunifiée. Il avait dansé, et fêté avec Neil Tovey, le capitaine, ce succès fabuleux. Tout ce que l'Afsud comptait de courants politiques s'était donné rendez-vous pour fêter ce titre.

Plus tard, bien plus tard, je me souviens de ce 15 mai à Zurich, au World Trade Center, pour l'attribution de la COupe du monde 2010 à un pays africain. France Football m'avait dépêché là-bas en compagnie d'un de mes chefs, qui croyait dur comme fer que le Maroc allait hériter de 2010. "C'est Michel Platini qui me l'a dit", me répétait-il, sûr de ce qu'il croyait être une info béton. Moi, depuis le début, je savais que ce premier Mondial en terre africaine ne pouvait échapper à l'Afsud. Tout simplement parce qu'il y avait Mandela. Une décision politique pour récompenser ce pays et cet Homme qui avait tant fait pour la démocratie et la paix.

Quant l'enveloppe qui contenait le nom du pays organisateur a été brandie, et que le mot Afrique du Sud en est sorti, il y a eu comme un brouhaha, une scène d'énervement. Les Marocains, vexés, sont sortis de la salle, et je me suis subitement retrouvé à deux mètres, pas plus, de Nelson Rolihlahla Mandela. Dans ses yeux, brillait un bonheur sans limite. Je crois même qu'il a esquissé quelques pas de danse. La lumière s'est rallumée dans cette petite salle, et à mes côtés, l'archevêque Desmond Tutu était assis. Là, juste à côté de moi, à contempler son ami assis à la tribune, à quelques mètres. J'aurais presque pu l'embrasser ou lui serrer la main, j'étais si près de lui.

Madiba a traversé deux décennies de football sud-africain, pareilles à des montagnes russes. Il y a vécu de grands bonheurs, mais aussi des crises terribles. Chaque année, depuis 1994, année de son élection, l'équipe nationale africaine dispute un challenge sportif en son honneur. Et au soir de la finale de la Coupe du monde 2010, à Johannesburg, Madiba, bien que malade et endeuillé par le décès de sa petite fille, était présent pour recevoir une ovation fabuleuse du public présent à Soccer City. J'y étais, et le souvenir de cette froide soirée ravive en moi quelques frissons.

Nelson Mandela était un grand sportif. Un boxeur, mais un joueur d'équipe lui aussi, à sa manière, où il lutta toutes ces années pour tant d'hommes et de femmes. Son souvenir continuera de nous inspirer. Good Bye, Madiba.

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Merci Franck de nous faire partager tes moments ,tes émotions ....on sent que tu vibres encore avec plein d'amour et de sincérité pour ce magnifique continent Africain !!! Continue !! Merci
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